" Il a neigé dans l'aube rose..."

Publié le par La Griotte

"si doucement neigé que les choses semblent avoir changé..."

 

 

DSC 0048J'aime la neige. Sans doute à cause de mes origines, quelque part au milieu des forêts de sapins odorants. Les sapins, les vrais. Avec leurs pives allongées, leurs aiguilles plates et leur légende magnifique. Je vous la raconterai plus tard... Revenez dans quelques semaines et vous la trouverez en lien ici.

J'ai dit dans quelques semaines ! Laissez moi le temps d'en retrouver le chemin, de la réecrire à ma convenance.

J'aime la neige, les sapins et le froid, le grand froid, le froid du grand Nord, le froid des cousins d'Amérique auxquels je pense chaque jour et encore plus ce matin, car il a neigé, tant doucement neigé que rien n'a changé. Tout a fondu. Ne reste qu'une humidité froide et poisseuse. Heureusement que la journée de la jupe, c'était hier ! Qu'est-ce qu'on se pèlerait le minou si c'était aujourd'hui ! Enfin, c'est une bonne chose de faite, comme on dit au pays où le sapin est né, quand on veut clore une question épineuse. Ben oui, s'il faut aussi enfiler des collants qui grattent et qui filent, autant rester en jean pattes d'éléphant, en fuseau ou en caleçon briard ! (private joke!)

 

 

 

jambesJe suis très ennuyée avec cette journée de la jupe. D'abord parce que j'ai une démarche de camionneur. Ensuite parce qu'avec la mode des grandes bringues anorexiques, je ne trouve rien à ma taille. C'est toujours trop long, voire casse gueule quand j'opte pour mes frusques préférées, de longues soutanes à volants qui tournent, crissent, se froissent sans vergogne, abritent recoins et poches, collectionnent des morceaux de tissus assemblés à la main... Bref, le port de la jupe passe chez moi par la case couture ou petites mains, à moins d'aller quérir mes hardes au rayon adolescentes et j'y trouve rarement motif à satisfaction, les fringues pour jeunes étant également des supports publicitaires. Être transformée en femme sandwich ne me sied pas plus qu'être prise pour un casse croûte ou une casse... Biiip !

 

 

Malgré un intérêt modéré pour les trouvailles cycliques de la mode, j'aime assembler les formes, les couleurs, les matières, me soucie d'élégance et répugne à chaussser mes croquenots de montagne avec une jupe... La jupe, c'est ruineux : faut trouver les chaussures qui vont avec, épiler le poil aux pattes (j'ai pas de bol : une peau de rousse uniquement quand il s'agit de bronzer !) et se souvenir, quand on s'assied par terre ou qu'on démarre un sprint pour rattraper un élève qui se fait la malle, que la verticale de notre centre de gravité, en raison d'une cambrure accentuée, a une fâcheuse tendance à sortir de la surface d'appui.  

 

DSC00228Qu'on fasse de la jupe un symbole de féminité assumé est une idée plus séduisante qu'inciter les femmes à singer les hommes pour affirmer leur indépendance...

 

Mais nous restons toujours dans l'image, l'apparence, le code vestimentaire, la tenue correcte exigée, le vernis, la consommation.

 

La seule manière que je connaisse, en dehors de la pratique régulière d'un art martial, pour éliminer les violences faites aux femmes sont l'éducation et l'autodétermination.

 

Cela passe hélas par de longs chemins de croix entre ceux qui croient, ne croient pas, croient autrement ou croassent et le courage de personnes prêtes à faire sauter les codes, les points de vues. Le jour où la journée de la jupe, symbole de cette lutte, verra les mecs coincés dans un tailleur exigu enfilé au prix de régimes inhumains, perchés sur des talons aiguilles après une séance d'épilation à la cire chaude pratiquée en amateur avec une casserole sacrifiée pour l'occasion, je réviserai ma position. Pour l'heure, je continue à porter la jupe ou la robe quand j'en ai envie.

 

 

 

 

bassine.jpgQuant aux violences faites aux femmes, la lecture ce matin des articles consacrés à ce problème récurrent (articles dont les liens sont sous les images de ma chronique), je suis sûre qu'elles ont encore de piètres nuits devant elles, malgré les lois, le 3919, les dons aux associations qui récupèrent et logent les victimes brisées.

Tant qu'une vieille dame pourra disparaître de son voisinage pendant 20 jours, tant que les voisins préfèreront penser que des coups frappés la nuit sont dûs à des travaux, tant qu'une victime n'osera pas porter plainte ni haut et fort les bleus sur sa peau, tant que nous croirons aux conneries des papes, dictats ou modes en tout genre, il continuera à s'éteindre une femme trop souvent. 

 

Aujourd'hui, il a neigé, si doucement neigé que les tombes de toutes celles qui sont tombées dans l'oubli après avoir tremblé dans l'indifférence des heures pires que la mort, sont recouvertes d'une couette blanche et froide... Que les vivantes se lèvent, sortent, vivent, disent, écrivent, chantent, écoutent et choisissent comment elles veulent être femmes.  La Griotte©

 

DSC01215Il a neigé dans l'aube rose,
Si doucement neigé
Que le chaton noir croit rêver
C'est à peine s'il ose
Marcher...

  

Maurice Carême

 

Publié dans Beauté

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