Lucy

Publié le par La Griotte

DSC 1530Malgré de nombreuses tentations, c'est décidé, je m'y colle. Je vais vous parler de Lucy. Non, pas mon amie québecoise, ma presque soeur, ma cousine outre atlantique à laquelle je pense chaque fois que je suis tentée d'écrire shopping à la place de magasiner ou que je vais aux champignons ou que je filtre les gelées ou que je me gave de cancoillotte ou que je pense que merde, ça fait vraiment longtemps que je ne suis pas allée réviser le québécois au milieu de la forêt.

Depuis qu'elle m'a raconté comment elle avait arrangé les chemins, je n'ai plus que cette idée en tête : filer à l'anglaise, traverser une bonne fois pour toutes l'océan et me finir avec indolence au pays des ours.

 

 

Elle, ça s'écrit L.U.C.I.E. On ne plaisante pas avec la langue française dans ce petit coin des Laurentides, même si on dit "ça goûte le miel" traduction littérale de l'anglais. J'ai commencé  à essayer de comprendre mes chansons préférées grâce aux tournures syntaxiques incorrectes du québecois, qui est une langue hybride si l'on s'en réfère aux manuels de grammaire usités outre Manche.

Hélas on ne ne feuillette plus beaucoup le BLED, la mode étant passée depuis que nos gouvernants ont décidé d'économiser les arbres à papier que les vilains marchands d'armes qui ont aussi des journaux et des manuels scolaires en cachette arrachent et broient et réduisent en cellulose qui pue sans ménagement ni modération exprès pour faire enrager les écolos ! Qui sait ce que ressent l'arbre qu'on déchiquette ?

 

hiver 009Pour ceux qui suivent et je sais qu'au moins deux personnes essaient, je dis "outre manche" parce qu'aujourd'hui, je publie mon article dans la communauté du rock & roll.

Que je sache, il n'est pas né sous la mise en plis de Claude François. Les Beatles et les Rolling Stones sont britaniques, le Boss américain et pour le reste, attendez le dégel avec "Le dictionnaire amoureux du rock", les biographies de Keith, Bob et les autres, je ne vais quand même pas vous tenir la chandelle en plus ! Je dis ça parce que ce que je craignais est arrivé : des foyers privés d'électricité !

Imaginez la zone si ça se passe le soir du réveillon, qu'il y a une flûte à champagne de neige et que toutes les bougies sont dans les photophores sur la terrasse impraticable en mules d'ailleurs y'a des drôles de traces dans la neige ! "Chouchou ! Les jolis loups du Mercantour t'es sûr qu'ils ont pas pu traverser l'A5 ? Ça là, c'est des traces de quoi à ton avis ?.. Hein, c'est des traces de quoi à votre avis ? Toutes fraîches !

 

DSC 1468Comme ma pensée est outre Manche quand j'écris, j'écris "outre Manche" pour revenir ici.

On va pas chipoter pour un bras de mer et une île où à force de bouffer de la merde, ils ont tous appris à chanter et à jouer de la musique au lieu de brailler pour un peu plus de gentiane dans le biberon ! Oui, parce que pendant que nous on apprend à parler à table "des festins que nous avons fait et de ceux qu'il nous reste à faire" et à distiller tout ce qui bout eux ils apprennent à chanter, décrochent une guitare pourrie, choisissent 3 accords, trouvent deux ou trois potes qui tapent sur des fûts ou caressent les basses et roulent !

 

Ici on dit :  "Quoi ! Du rock ? Pif Paf ça t'apprendra à réviser tes gammes au lieu de jouer des boogies en cachette et à l'oreille.

C'est pas un truc de filles bien élevées. Ils finissent tous dans leur vomi avec de la coke et des putes." (John Entwistle). C'est toujours la même rengaine, au prétexte que quelques uns ont abusé de substances illicites. N'oublions pas ceux qui sont morts en bonne santé, ceux qui sont encore bandants quoi que français, ceux qui sont morts en voiture, en avion, assassinés par des déséquilibrés ou leur propre père, ceux qui continuent à chanter dans l'anonymat le plus complet. Très peu de filles, c'est vrai. Encore moins de français, ce qui oblige à traverser la mer ou l'océan, ce qui fait trop d'eau salée d'un seul coup. C'est vraiment trop injuste : 3 accords pour un bon blues chez les uns ou 8 ans de solfège pour pouvoir massacrer Bach ou Bethoven chez les autres.

 

babaOui mais, chez les uns, tu mangeras du pain frais tous les matins avec des croissants le dimanche et le foie gras comme s'il en poussait sur les arbres... Les autres ils assassinent  le gigot à la menthe !

 

Comme disait pierre (Desproges), "Tout est affaire de choix dans la vie : résistance ou collaboration ?"

 

- M'en fous, j'aime pas la viande !

- Bon, passe ton bac scientifique d'abord...

- Oui mais...

- Y a pas de mais !"

 

Si. Bémol ! Il y avait eu mai. 68. Mais j'étais trop petite... Avoir eu 10 ans de plus en 68 ! Je dois être la seule nana qui rêve d'être plus vieille. Même avec le kit rides/ rhumatismes/ménopause/retraite... Ben oui, si j'avais dix ans de plus...

 

Tout ça en écoutant un Hendrix irrésistible qui me colle des fourmis partout et ça n'arrête pas de me faire danser, bouger et pourtant je ne me drogue pas, je tiens à le préciser tout de suite. J'ai déjà beaucoup de mal à ne pas laisser vagabonder mes idées, j'ose à peine imaginer ce que ça donnerait avec le secours de la pharmacopée !

 

DSC01118Je devrais peut-être ? Ils ont l'air content ceux qui prennent des bonbons pour faire rire la tête. On dirait que rien ne les atteint plus !

 

Comment ai-je pu survivre sans Hendrix. Ah si, je me souviens : dans notre bande de potes, celui qui aimait Hendrix aimait EXCLUSIVEMENT Hendrix, ne prêtait pas ses disques et devenait rapidement chiant malgré ses cheveux très longs. Un autiste.

En plus, il ne savait pas jouer du piano, comme dit la chanson !

C'est con l'alphabet, à une lettre près, il devenait artiste ! Et pis Hendrix c'est vraiment trop bon qu'est ce que je fous sur mon clavier au lieu de me vautrer dans le canapé pour ne pas perdre une note ?

 

Ah oui, Lucy...

 

hiver 025Non, pas Lucy In The Sky with Diamonds... débrouillez vous pour trouver tout ce qui a été dit écrit. D'autant qu'on a "fêté" l'anniversaire de la mort de Lennon il y a quelques jours. Ceux qui suivent vraiment bien ont remarqué les guillemets. On écrit "fêté" quand c'est Lennon qui meurt alors qu'on ecrit fêté quand c'est Jésus qui meurt. Est-ce que c'est parce qu'on s'en fout depuis le temps qu'il est mort qu'on a oublié les guillemets ? Ou c'est moi qui kiffe complètement sur les guillemets ? J'ai des petites manies comme ça. Par exemple écrire avec une ponctuation à l'anglaise. Tu respires quand t'as envie. C'est assez intéressant.

 

Pauvre Lennon qui ne voulait pas être un héros mort ! Il n'a jamais été autant héros que depuis qu'il est mort. Comme Desproges. Il n'a jamais été autant aimé que depuis qu'il est mort. Comme Van Gogh... comme Coluche.

 

L'humour. Encore un truc où les anglais sont meilleurs vivants que morts. Les effets secondaires de la gelly et de la monarchie sans doute. D'ailleurs, je l'ai oublié dans mon B.O. (Best Of, pas bulletin officiel !) parce que je le gardais pour la fin mais je crois  bien que David Lowe me fait plus marrer que tous les autres réunis. Je vous vois venir : nous on a Devos, Desproges, Coluche, Gaby, Brice, Fifi, Nic, mon petit frère... Oui, mais QUI hormis un anglais peut rire avec la bouffe dans le poste sur les ondes nationales au temps où elles étaient plus que fréquentables, un 25 décembre ?

 

Lucy attendra. Là où elle est, quelques paragraphes de plus ou de moins...

 

Imagine

 

DSC00690Petite route sinueuse de fond de vallée blanche et dammée.

Pas de pneus neige.

Chéri qui conduit la peugeot comme s'il était tombé dedans quand il était petit, ce qui était le cas.

Vous (moi en l'occurence, qui suis revenue d'outre Manche), avec les dents du fond qui baignent et un soupçon d'angoisse rapport aux 30 prochaines. Bornes pas années. Quoi que...

 

Les mômes qui regardent le paysage comme on leur a appris en écoutant leur musique dans leurs cadeaux de Noël branchés sur leurs oreilles assez fort quand même pour nous pourrir la chronique de David Lowe comme ils ont appris tous seuls.

 

 

BOUCLEJ'étais déjà ras bord à cause de l'entrée du réveillon. Je ne passe jamais les éliminatoires  : un verre de vin, trois feuilles de salades et je me rends compte que la suite du repas va être une suite de déclinaisons de "Non merci je me réserve pour le dessert", sur tous les tons.

 

Je répète : en France, on touche pas à la bouffe. Quand en plus, tu as été élevée au cassoulet et aux fritons (c'est comme les rillettes mais en plus riant) et que ta terre d'adoption fume le cochon à tous les coins de rue dès que la température passe en dessous de zéro, un refus d'obstacle devant la tartine de foie gras, le jambon à l'os ou les ruchtis (je ne sais même pas comment ça s'écrit, "pommes de terre à l'eau refroidies râpées le lendemain et frites en galettes dans l'huile et le beurre". Un plat de pauvre. Délicieux.) c'est un peu comme arriver sans perruque à table après tes séances de chimiothérapie ou sans lunettes fumées après la chute dans l'escalier ou sans préservatif alors que tu t'appelles Julien Assange.

 

Et David Lowe me faisait oublier tout ça en racontant une coutume gastronomique anglaise. Je découvrais qu'on pouvait se moquer de la nourriture, que les anglais ne fumaient pas que le thé et que partout où on fête Nöel, y'en a qui souffrent parce qu'on fête Noël. Je ne me souviens que de la chute, alors qu'il venait de décrire par le menu comment se multipliaient les émissions culinaires chez ses compatriotes : " Je ne comprends pas le succès de ces émissions. Un anglais qui parle de Gastronomie, c'est un peu comme un eunuque qui parlerait de pornographie". (citation approximative). J'étais seule à rire : les gamins peaufinaient leur surdité et Chouchou se concentrait sur le pilotage. Je ne sais plus ce qu'on a bouffé. Depuis, je milite pour les buffets à volonté. Si je veux, quand je veux, comme je veux : le dessert en premier !

 

Lucy...

Pas le squelette, notre ancêtre, même si j'ai beaucoup de tendresse pour elle.

 

DSC 0430Grâce à elle, j'ai été photographiée dans le journal.

Tout le monde s'en fout mais quand même, j'étais contente.

Y'en a bien qui s'enferment sur des îles de la tentation pour que leur fiston trouvent une Lucy à son pied sous le regard concupiscent (j'adore ce mot !) de milliers de voyeurs ravis qu'il y a plus con qu'eux juste pour quelques minutes d'éternité gravé sur la pellicule du temps qui passe sans eux d'habitude. Y'en a des pires qui assasinent des chanteurs de rock ou des présidents des USA ou leur talent  juste pour pas qu'on les oublie ! Je peux bien me satisfaire de ce passage éphémère. D'autant que je sais exactement pourquoi j'ai été photographiée avec mon fiston à côté de Lucy reconstituée par un artiste paléontologue : je ne suis pas plus grande qu'elle, pas tout à fait aussi velue et j'étais la seule maman qui avait réussi à forcer son môme à aller visiter une expo scientifique ! En fait, je crois qu'il était content : un peu comme  le Calvin de Calvin et Hobbes. Encore un truc où ils sont bons les anglais : les plages horaires gratuites dans les musées, galeries de l'évolution... Peut-être que si les mômes pouvaient se balader souvent et librement à la grande galerie de l'évolution ils ne penseraient plus à gigoter devant la console sans les mains ni à brûler des bagnoles pour retrouver le goût du feu de camp ?

 

 

 

Lucy est une petite fille que je ne connais pas.

 

nigritelle3.jpgSon histoire ferait pas 3 lignes dans la presse régionale, et certainement pas une photo, encore moins la Une.

Pas avant Noël. Trop glauque ! Presque autant qu'une émission de téléréalité.

Pourtant, d'après ce que j'ai lu, le synopsis est gratiné. Du Chloé Delaume en pire. Pire n'est pas le mot. Chloé Delaume écrit. Très bien. Très difficile d'accès. Beaucoup d'humour et d'humeurs Chloé. Une belle culture musicale et littéraire que les coups et les séjours à l'étroit ont comme magnifié. Je vous passe le reste : lisez Chloé Delaume. Attention, la première fois, si on n'a pas les clés du placard, c'est un peu comme le père Noël qui dévale dans la cheminée alors que la cheminée est là juste pour faire joli et que la petite fille est en train de disposer les cadeaux pour grand maman pendant que maman accroche les boules au sapin. C'est assez visuel où j'explique mieux le gros popotin et les bottes pleines de boue sur le coin de la gueule ? En plus le Père Noël a un fusil : il descend maman et décide de laisser la petite se souvenir de lui avant de s'exploser le bonnet rouge.

 

Donc, Chloé Delaume, une fois qu'on a la clé de lecture, elle t'apprend que dès l'instant où tu choisis de vivre en ayant survécu à l'indicible, tu es une reine et que tu peux élever des enfants sans leur refiler la poisse.

 

 

Lucy continuera toute sa vie à croire au Prince charmant, n'écrira jamais son histoire autrement qu'à travers le filtre de notre regard sur elle car elle ne sait pas lire, encore moins écrire et qu'on lui a enlevé ses enfants. C'est mieux. Deux enfants à 15 ans d'après ce dont je me souviens, c'est rude. Et pas la moindre clé de lecture. Personne pour comprendre. Des avis sur tout et rien, des conseils, des remarques, de l'émotion. Trop.

 

DSC00815J'ai pleuré, beaucoup, avant de relever le défi de ma copine Christine Jeanne qui m'avait refilé son histoire comme une patate chaude. J'aurais préféré apprendre trois accords au lieu de la recette du cadavre exquis, parce que j'en aurais fait une chanson, de l'histoire de Lucy. Un blues.

Le blues, je l'ai et je me demande bien qui prendra Lucy par la main maintenant qu'elle a connu le loup du conte le plus édifiant qui soit.

Celui qui m'a fait pleurer avec l'histoire de Lucy pensait à la Petite fille aux allumettes : c'est aussi ça. La petite fille aux allumettes qui rencontre le Loup en continuant à croire au Prince charmant. Elle est pas belle la vie ?

 

Joyeux Noël quand même. J'hésite un peu entre Sprigsteen ou Guns & Roses pour me remettre sur pattes ! Lucy n'aura qu'à regarder qui "veut épouser mon fils" !

 

Si j'étais Dieu je ne serais pas fier.

Je suis sûre que cette phrase a dû être écrite, pensée, jouée, pleurée. Mais je ne sais pas qui alors si vous savez, éclairez ma lanterne magique.

 

Ce doit être un p... de bon bouquin ! ("Si j'étais dieu", Barjavel. Pas encore lu et déjà écrit. Toutes les bonnes idées ont déjà été prises en littérature faut croire !)

 

De toutes façons,une fille ne peut pas écrire si j'étais Dieu. À la rigueur si j'étais "déesse" je ne serais pas fière. Or les déesses sont des très jolies madames ou des très jolies voitures, voire des très jolies madames dans des très jolies voitures. Et ce n'est pas du tout ça que je veux dire...

 

 

Dédicace spéciale aux freudiens et autres du même tonneau : oui, j'aurais aimé être un garçon. Juste pour pouvoir monter un groupe de rock ou devenir garde forestier et certainement pas pour écrire si j'étais Dieu : je me serais tiré une balle depuis longtemps !

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Patricia 21/12/2010 06:49



D'accord avec Dr Wo, pas facile de te suivre dans tes chemins, tu marches trop vite. Pas certaine d'avoir envie de lire Chloé Delaume! ou peut-être que si. Elle me fait déjà peur. Tes mots me
font sourire ou pas... Bonne fêtes et attention au Père Noël!



La Griotte 21/12/2010 06:52



Alors encore plus merci d'essayer. Il ne faut pas hésiter à s'arrêter en chemin, abandonner la lecture et se laisser porter par le son, juste le son... ou sauter du coq à l'âne !


Nous parlerons de Chloé Delaume en vrai, un jour exprès pour ça. Bises



Dr WO 20/12/2010 16:51



Il faut suivre, c'est pas facile, c'est une pensée très vagabonde aux méandres inattendus.


Dr WO



La Griotte 20/12/2010 19:00



Merci alors d'avoir suivi... Pas réellement une pensée : une randonnée avec un point de départ, un espoir d'arrivée et en route, le choix de s'arrêter ou non pour se reposer, chantonner, cueillir
ou regarder.



Lours 20/12/2010 14:44



lennon !!!



La Griotte 20/12/2010 15:00



Heureusement que tu es là ! Que ferais-je sans toi qui vins à ma rencontre !