No man's langue

Publié le par La Griotte

DSC01716Il n'y avait pas assez de mots pour traduire l'incrédulité des uns et des autres face à l'inconcevable nouvelle qui a submergé l'actualité ces 10 derniers jours.

 

Au point que le Japon et son tsunami parfumé à la radioactivité, un deuxième volcan Islandais (merci Pangloss), les indignados Espagnols ne réussissent pas à chasser cette petite tache de nos esprits...

 

Cela me fait songer à une histoire très drôle et très dégoûtante que j'adapterais volontiers à la situation si je ne m'étais engagée à ne livrer sur ces pages aucun "contenu adulte"...

 

En ouvrant ce blog, je m'étais demandée ce qu'on entendait par contenus adultes.

Y a t-il une liste précise des mots à ne pas frapper, photographies à ne pas diffuser pour rester propre sur moi et digne de la blogosphère, éviter l'écueil de la pornographie, de la vulgarité, de l'obscénité sachant que nous n'avons pas tous les mêmes répulsions, limites, humours, interdits, tabous  ?

 

C'est là que le bât blesse au point de retrouver dans la bouche des experts en contenus adutes des expressions inintelligibles pour les moins de 50 ans comme troussage de domestique ou inacceptables comme "Il n'y a pas mort d'homme".

 

J'ai écrit,  bien avant que la langue d'ordinaire proprette et précise de Jean François Kahn ne fourche ce que je pensais du comportement de DSK et des limites de notre langage pour comprendre la situation.

 

L'expression reprochée à un JFK qui dès cette semaine s'en excuse dans les colonnes de son journal (dans quelques jours, tout le monde aura pardonné la parole "maladroite" !) m'était venue à l'esprit mais j'en ai eu assez pour ne pas l'employer, bien que je ne possède ni le talent, ni le métier, ni l'habitude des feux de la rampe.

 

Comme disait un maître de l'humour noir, "on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde".

Oui, il s'agit d'un troussage de domestiques, sport favori des fils de bonne famille si l'on en croit les explications peu convaincantes d'Ana Alter, ancienne collaboratrice et amie de l'inexcusable éditorialiste.

 

Narrant son expérience d'ancienne fille de bonne résistant aux assauts des rejetons légitimes, elle manque singulièrement d'empathie pour une dame qui gagne son pain et celui de sa fille en faisant le ménage dans une suite de luxe d'un grand hôtel. Certes, elle explique aussi que, s'il n'y a pas mort d'homme, il y a mort symbolique de la femme, le tout avec un large sourire.

 

Sourire et rire que j'ai entendu reprocher à Tristane Banon narrant comment DSK l'avait agressée, alors qu'elle était une toute jeune femme, en début de carrière... Une toute jeune femme sans père auquel se confier et sans autres "amis" que ceux qui mangeaient dans la main de DSK ou le craignaient.

 

Un seul homme pour trouver cela odieux autour de cette table, et le manifester. Roger Hanin. Merci. S'il est vivant, qu'il monte au créneau.

 

C'est vrai : il n'y a pas mort d'homme.

 

Désormais, Lang, qui ne recule devant rien pour rester dans l'histoire (merci Docteur Wo), restera à jamais associé à cette ignoble bottage en touche pas à mon pote !

 

La république des coquins lève le voile sur sa nature profonde : un monde d'hommes où la femme, si elle veut se tailler une place, devra fermer les yeux sur les grands écarts, voler au secours de l'ami ou du mari pris la main dans le slip  ou la langue sur les babines.

 

Il n'y a pas non plus de mots, dans la langue de Lang, dans la tête d'un homme ou d'une femme consentante pour dire exactement ce que ressent une femme contrainte, une femme forcée, une femme non consentante, une femme qui se cabre, qui refuse, qui dit non, qui ne joue pas le jeu des libertins, de la séduction au travail, du harcèlement sexuel.

 

Il n'y pas de mots pour toucher la corde sensible chez celui qui accepte la violence sexuelle comme banale, inéluctable, au pire accidentelle.

 

Il n'y a que le vide, des petits morceaux de soi comme autant de grains de sable  dans un sablier qu'on tourne et retourne et non, le temps ne fait rien à l'affaire. Il faudrait l'habiller de mots.

 

De mots justes qui dessinent l'implosion, la déflagration, la dégradation, la désertification, la contamination de chaque tranche de vie présente par ces petits grains de sable qui un à un grippent la machine à vivre en bonne intelligence, à s'épanouir dans son travail, à aimer à l'abri des cauchemars, à tendre la main aux soeurs d'infortune...

 

Il n'y a pas de mots pour dire cette blessure toujours prête à suppurer qui repousse et lasse les amis incrédules, les complices passifs, les victimes résignées.

 

 

 

 

 

Ou plutôt si, il y a des mots.

Catherine Angot en a trouvé une pleine page.

Angot est romancière.

C'est pour ça qu'elle trouve des mots.

Même si ce ne sont pas les miens, elle a touché l'endroit où le grain de sable gratte.

 

Attention, même  @si qualifie son article de  violente tribune.

 

Sans doute un contenu adulte bien loin de la langue circonspecte ou coquine d'hommes incapables d'appeler un chat un chat. Elle nous met le nez dedans, à tous et à toutes. Elle n'y va pas par quatre périphrases pour débusquer la part de fascination, de voyeurisme qu'exercent le pouvoir et le sexe sur nous. Miroir, p... de miroir !

 

Dans ce no man's land où politiques et médias respectueux de la vie privée dînent et disent en off au point d'être privés de parole(s), elle renoue avec la langue universelle des conteurs et conteuses...

Une langue qui dévide, déroule, démêle et tisse la toile où broder les épopées que narreront les générations futures.

 

On sait que Shérazade échappa à la mort en contant au sultan chaque soir une histoire que lui demandait sa jeune soeur, comment de bouche de femme à oreille de fillette, la parole fut transmise et l'histoire gravée dans la mémoire collective.

 

Ainsi dans mille et un ans, on contera comment un homme devenu si puissant que nul n'osa jamais refuser la chair fraîche dont chaque soir il se gavait pour oublier le temps à ses trousses, un homme ivre de pouvoir, d'argent tomba. Cet homme vivait dans un pays où on pouvait à peu près tout faire à condition de n'en rien dire ni surtout laisser dire...

 

Tous connaissaient son appétit insatiable au point qu'un jour, un bouffon de la radio publique conseilla aux femmes de l'immeuble de regagner les abris ou, si le service l'imposait, de revêtir une couverture masquant tout signe extérieur de féminité.

Le drôle fut tancé puis remercié car si l'on pouvait alors rire de tout, il ne fallait surtout pas se moquer des copains.

 

Un jour qu'il avait été mandé en inhospitalière contrée, faute de temps, il dut lui même se procurer sa dose car il avait une place réservée dans l'avion et les professionnelles n'étaient pas encore réveillées. Frustré de Belle à séduire ou forcer, il se jeta donc sur une Cendrillon indigène, reboutonna son pantalon et grimpa dans l'oiseau de métal sans se douter que la souillon parlerait et que ses paroles ne tomberaient pas dans de sourdes oreilles...

 

 

 

 

 

Dédicace spéciale à toutes celles et ceux qui ici veulent conter leur histoire...

Je leur ouvre ces pages;

 

Puisqu'en France il est plus grave de dire qu'on a été violée ou harcelée que de violer ou harceler, narrons pour les générations futures afin que nos filles et nos fils n'oublient jamais.

Publié dans Langage

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Angie91 25/05/2011 20:54



Bel article!!! Très juste!! Bisous!



La Griotte 25/05/2011 21:43



Merci pour l'article et pour les bisous... A bientôt.



Pangloss 25/05/2011 19:59



Et merci pour Anne Sylvestre.



La Griotte 25/05/2011 20:06



Toutes les petites filles et petits garçons devraient connaître cette grande dame du féminisme et de la chanson pour enfants...



tartie 25/05/2011 19:49



je ne suis pas sure qu'on aura pardonné dans qq jours les paroles de JFK. Moi en tout cas, je ne suis plus disposée à depenser un seul centime pour lire son canard



La Griotte 25/05/2011 20:05



Et moi, je deviens de plus en plus vigilante !



Dr WO 25/05/2011 19:34



Bel article. Rien à ajouter.


Dr WO



La Griotte 25/05/2011 20:05



Merci



Pangloss 25/05/2011 17:00



Brava! Bravissima!



La Griotte 25/05/2011 17:27



Je suis sans voix.