Nom de nom !

Publié le par La Griotte

hiver 009Dans cette maison, cinq enfants.

Comme les doigts d'une main.

Cinq enfants mais, si on y regarde bien, c'est plutôt 1+4 ou 4+1, et de plus près encore, 2+2+1 mais si l'on observe la mére et ses lardons, c'est 1+1+1+1+1 qui chacun pensait n'être qu'un.

 

Car c'était le temps où les papas n'étaient pas poules et se souciaient bien peu de leur progéniture, alternant scrupuleusement fille et garçon jusqu'à ce que le conte fut atteint, sans d'ailleurs attribuer à chacun son nom au bon instant.

Heureusement que ce deux là s'arrêtèrent à une poignée d'enfants car le père, quelque fût le rejeton mandé, alignait imanquablement les 4 autres, insérant parfois le chien dans son appel...

 

Avec les 2 garçons, cela dura le temps que l'un prenne femme pointilleuse sur la question du nom et distribue coups de griffes et de langue venimeuse lorsque son mari était affublé du prénom du beauf.

 

Avec les filles, cela fut plus compliqué car aucune ne changea de nom pendant longtemps.

Quant aux gendres à domicile ou de passage, qu'on prît l'une pour l'autre stimulait secrètement un appétit bien connu de l'homme car toutes trois ma foi étaient à croquer.  L'un deux nourrit longtemps ce projet, et la mère avec pourquoi pas car elle est belle, et c'est vrai qu'elle était belle maman quand ce loup entra dans la maison.

 

C'était conter sans une force étrange que les cinq développent quand ils se retrouvent, héritée du temps où 4 prénoms passaient à la trappe avant d'attraper le bon.

Ils se sentent tous concernés par ce qu'il advient à l'autre, en vertu de l'adage, si ce n'est toi, c'est donc ton frère ou ta soeur.

 

Ainsi, lorsque l'un ou l'autre des doigts de cette main introduisait un élément nouveau, ce dernier vivait une initiation étrange, loufoque, burlesque, ludique basée sur ce qu'ils savaient en commun : la langue de leurs parents. Une langue riche, osée, précieuse, argotique, surréaliste, précise, pétrie de grec, de latin et d'espagnol avec en prime la langue d'Oc ou quelque patois des montagnes que les adultes utilisaient quand les enfants ne devaient pas comprendre...

 

 

 

L'une des donzelles revint un jour flanqué d'un amoureux tout frais, un authentique écologiste avec les lunettes, l'odeur et des idées bien arrêtées. Non, il n'apprendrait pas à conduire et ne participerait pas au réchauffement de la planète bien entammé puisque le beurre fondait avant d'être incorporé à la farine blanche que les dix doigts de l'aînée pétrissait en pâte à tartes sous l'oeil du nouveau.

- M...., c'est trop mou, elle colle, je n'arriverai jamais à l'étaler.

- Il faudrait ... tenta professoralement l'écolo autopromu ceinture noire de la pâte brisée...

La grande, sans écouter le judicieux conseil balança :

- Il faudrait surtout que tu la boucles ou que tu te casses de mon rayon d'action parce que j'aime pas qu'on m'emmerde quand je pâtisse.

 

L'échange resta secret et Mick Giver alla se faire entendre ailleurs...

 

Nous prîmes le repas. La tarte ne fondait pas comme il faut sous la langue mais nous avions grand faim.

 

Quelques amis rompus aux facéties des cinq étaient là. Aussi, lorsque vint le moment de caser toute la troupe dans deux gimbardes rouillées et crachotantes, manquait une place. Oh, manquait est un peu exagéré. En se serrant un peu les uns contre les autres, Monsieur Fètcom'jedi serait rentré sans problème.

 

Je ne sais plus qui, des amis, des frères ou des soeurs lui lança gentiment :

 

- Pas toi, tu n'aimes pas la voiture ! rejoins nous là bas en stop ou en vélo.

 

Nous ne l'avons jamais revu.

 

 

 

Depuis, nos vies se sont construites, nos chemins se sont séparés, des enfants sont nés, certaines associations ont changé. Pourtant, dans cette famille, c'est un peu comme l'écrivait Pagnol mais je ne me souviens plus exactement de la réplique :

" Là bas, il y a des araignées tellement grosses que si elles te piquent l'orteil, toute la famille en crève ! "

 

C'est un peu ça chez les cinq.

 

Je ne savais pas trop comment vous parler d'Elbé mon frère ni expliquer pourquoi je ne vendrai jamais La pelle aux étoiles : Elbé m'en a fait cadeau alors que je venais d'entendre que c'était l'oeuvre à laquelle il tenait le plus ...

J'aurais dû me taire, ne jamais dire combien j'aimais cette oeuvre, combien j'étais prête à payer pour entendre chaque soir son histoire, l'histoire qu'il m'a racontée, celle que j'ai entendue et toutes celles qui sont revenues...

 

Cette oeuvre ne m'appartient pas, voilà pourquoi je ne peux pas la vendre. Elle appartient à tous ceux qui ont lu, entendu son histoire ou une histoire qui nous rassemble autour de l'arbre à palabres, du feu de camp, du poêle...

 

Elbé a ramassé une pelle trouée du temps passé à ne plus pelleter que l'ennui d'un outil sans mains. Il l'a dressé à garder son nord intérieur, à ramasser les étoiles de la piste aux étoiles à la pelle.

 

Peut-être qu'un jour La pelle aux étoiles changera de main, mais c'est pas demain.

C'est que nous l'aurons à nouveau offerte et il faudra alors écrire son nom comme je l'ai écrit quand Elbé me l'a dicté...

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tartie 11/04/2011 11:40



qu'est-ce qu'elle devient la griotte ?



La Griotte 11/04/2011 15:36



La Griotte passe sa vie à l'extérieur, avec pelles et pioches, pour préparer le Jardin en vue de l'expo à Garden Rock, qui aura lieu fin mai et accueille des sculpteurs injustement méconnus... Je
t'envoie un lien sur Picasa.



tartie 23/02/2011 18:45



salut la petite griotte


je ne sais pas si ça bugg chez moi mais je ne parviens pas à voir ta liste d'article, tu les as tous virés ?



La Griotte 24/02/2011 16:04



Cela fait quelques semaines que je ne travaille plus à l'ordi... C'est unhe activité pour passer l'hiver !



sandrin 22/02/2011 09:05



Jolies preuves d'amour, ton texte, la pelle, et le reste. On te lit comme on t'avalerait un pot de confiture, enfin, j'imagine.



La Griotte 23/02/2011 06:44



Merci pour le compliment ! Passe quand tu veux pour les confitures, je suis à une enc^blure de Paris et emporte une ou deux de tes oeuvres... J'organise une expo ici fin de Printemps débur d'été
et j'aime ce que tu peins.


Quant à la tribu, c'est vrai que je les aime : ils sont tous sensibles, marrants, artistes, sympas...



Pangloss 18/02/2011 16:25



Longue pause!



La Griotte 19/02/2011 19:03



Un peu comme les graines en hiver !



Dr WO 01/02/2011 19:04



Jolis souvenirs.


Dr WO



La Griotte 02/02/2011 21:22



Oui, et le malheur, c'est qu'on ne se rend pas toujours compte au présent de la richesse de ces moments...